Marianne des Archives Berthe Weill nous raconte son histoire !

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En voici une interview des plus passionnantes ! Je vous embarque de le fabuleux voyage de Marianne Le Morvan, doctorante en Histoire de l’art, fondatrice et directrice des archives Berthe Weill. Marianne est une incroyable talented girl qui s’est battue très jeune pour faire réhabiliter l’histoire de la  galériste, Berthe Weill, grande pionnière et figure féministe dans le monde de l’art. C’est avec passion qu’elle a su imposer ses travaux pour la galériste et déjouer les obstacles qui ont parsemé sa route. C’est un récit très inspirant qu’elle vous livre là. J’espère que vous l’aimerez autant que moi ! Merci pour ce beau partage Marianne !

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Bonjour Marianne, parle-nous un peu de toi !

J’ai trente ans et je vis à Paris depuis le début de mes études supérieures en Histoire de l’Art à la Sorbonne. J’ai complété mon cursus par de nombreux stages qui m’ont amenée à expérimenter les différents métiers de la culture. J’ai ainsi pu goûter à la rédaction, médiation, production, programmation, communication, partenariat, événementiel, dans plusieurs grandes institutions. Intéressée par toutes ces missions, j’ai constaté avec frustration que les frontières en étaient fortement cloisonnées au sein des musées et qu’il fallait choisir pour ne se consacrer qu’à un seul domaine à la fois.

Puis un jour, en lisant une biographie de Picasso, j’ai été amusée par une anecdote à propos de sa première marchande de tableaux qui occupait une toute petite boutique dans le bas-Montmartre. Les toiles recouvraient les murs, si bien que, manquant de place, elle tendait une corde à travers la pièce à laquelle elle accrochait des tableaux encore humides à l’aide de pinces à linge. J’ai voulu en apprendre plus sur cette originale, dont le nom semblait complètement oublié de nos jours, quand je me suis aperçue que rien n’existait à son propos. J’ai identifié des mémoires parues en 1933 mais sur du mauvais papier ce qui en fait un ouvrage particulièrement rare. Par le plus grand des hasards, j’en ai trouvé un exemplaire, sur ebay, qui m’a permis de découvrir son histoire. Berthe Weill s’est révélée être absolument remarquable : pionnière, elle fut la première femme à ouvrir une galerie à Paris, première à vendre Picasso en France, elle exposa les Fauves avant leur découverte au Salon d’Automne de 1905, les cubistes dès la phase cézannienne, fut la seule à consacrer une exposition personnelle à Modigliani de son vivant, une des premières à exposer l’abstraction en France, et une grande promotrice du talent des femmes peintres. Elle était juive et survécut aux deux Guerres Mondiales. Féministe, elle refusa de se marier parce qu’elle ne voulait pas perdre l’autonomie de sa galerie (le droit des femmes à l’époque ne lui offrait pas d’autres choix). Mais surtout, et c’est une chance pour la défendre, elle était reconnue pour ses grandes qualités de dévouement et de bienveillance, elle ne fit d’ailleurs jamais fortune. Avec un tel palmarès, il me semblait proprement hallucinant que Berthe Weill ne soit pas une référence de notoriété internationale dans l’Histoire de l’Art, mais elle souffrait au contraire d’un manque de crédibilité palpable auprès des historiens contemporains qui la reléguaient au rang d’excentrique ou d’amatrice.

Je lui ai consacrée mon Master en 2009, avant d’entamer la rédaction de sa première biographie parue en 2011 aux éditions l’Ecarlate. Là s’est imposé un choix : soit je cherchais un poste salarié dans un grand musée, soit je continuais mes recherches en devant trouver un compromis financier viable. J’ai opté pour la seconde possibilité, autrement plus périlleuse mais tellement plus séduisante. Pendant cinq ans, j’ai minutieusement écumé les bibliothèques à travers le monde et guetté toutes les salles des ventes pour retrouver un à un les catalogues, la correspondance et les souvenirs de cette galeriste, que j’ai racheté sur mes fonds propres jusqu’à entièrement reconstituer ses archives. Et le week-end et les soirs, je me pliais à des petits boulots pour me permettre d’acheter ces vieux papiers qui n’intéressaient alors que moi. À cette étape, j’ai décidé d’entamer un doctorat pour apporter une réhabilitation académique au travail de Berthe Weill et j’ai fondé mon auto-entreprise pour pouvoir répondre aux demandes des galeries et des musées qui avaient besoin d’accéder à mes recherches.

 Vis-tu actuellement de ton entreprise ?

Oui ! Je multiplie néanmoins les activités pour parvenir à m’en sortir. La liberté d’être à mon compte me permet de travailler de manière plus globale sur mes initiatives et de cumuler les casquettes : je donne des cours dans plusieurs universités, je me consacre aux recherches de provenance (c’est-à-dire retrouver l’histoire d’une œuvre depuis sa création) pour des collectionneurs, je m’intéresse de près aux questions de spoliations juives durant la Seconde Guerre Mondiale, je rédige des catalogues, participe à des colloques scientifiques et continue à multiplier les projets autour de Berthe Weill qui prennent beaucoup de formes différentes. J’ai par exemple collaboré avec la Mairie de Paris pour faire apposer une plaque commémorative à la première adresse de son ancienne galerie qui donna lieu à une cérémonie en présence des descendants des artistes autrefois exposés, c’était un jalon symbolique et très joyeux de sa redécouverte. Après plusieurs années de travail, l’héritage de Berthe Weill commence enfin à être reconnu à sa juste valeur. Dans la mesure où rien n’existait, je peux avoir la satisfaction de savoir que c’est à chaque fois grâce à mes efforts que son travail est désormais régulièrement évoqué.

Qu’est-ce qui est le plus difficile pour toi dans ce métier ? Comment arrives-tu à surmonter ces difficultés ?

– La misogynie est prégnante dans le milieu culturel. J’ai eu l’occasion d’entendre des commentaires désolants de la part de femmes surtout, à des postes importants, ce qui était plus encore désarmant.

– L’antisémitisme rampant : Weill était juive et des commentateurs ont considéré que je ne pouvais l’être qu’également pour m’y intéresser.

– L’anti-jeunisme en France est une grosse difficulté, une institutionnelle m’a accueillie lors d’un rendez-vous par « publier à 26 ans c’est soit très présomptueux, soit parfaitement ridicule, on n’a pas un début de carrière avant 35 ans ».

– J’ai parfois été confrontée à un amalgame entre mon travail – qui n’appartient qu’à moi – et le patrimoine de Berthe Weill. Or je ne gagne ma vie qu’à partir de mes compétences, et mes recherches, aucunement en « vendant » Berthe Weill. C’est complètement méconnaitre la réalité de la recherche que d’imaginer que je puisse m’enrichir dans un domaine où le ratio temps/rentabilité ne relève que du bénévolat tant cela représente des années de travail acharné et de sacrifice.

– Défendre mon travail a parfois été très éprouvant.

– J’ai aussi rencontré beaucoup d’escrocs. Le plus difficile dans cette discipline est finalement de savoir avec qui travailler : il faut repérer les incompétents qui utilisent votre savoir et s’en attribue les pleins mérites, ceux qui volent des données et des documents… Entre de mauvaises mains, ma documentation pourrait être utilisée à de très mauvaises fins. D’importantes sommes d’argents m’ont été proposées pour racheter mes archives mais j’ai toujours décliné. Je ne veux pas que mon travail serve des faussaires.

– La solitude. Ma famille, ne comprenant pas ce que je fais, ne m’a apportée aucun soutien. J’ai heureusement des amis parmi ce qui se fait de mieux en terme d’être humain, et un amoureux objectivement exceptionnel. Les vrais alliés ne désertent jamais.

Qu’est-ce que tu préfères dans ton métier ?

La liberté et l’enthousiasme de me consacrer chaque jour à quelque chose qui me passionne. C’est un luxe immense que de travailler quand on le souhaite et où l’on en a envie. Je n’ai jamais à me forcer pour me mettre devant mon mac, au contraire je dois me discipliner pour ne pas oublier de m’arrêter.

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As-tu une anecdote à nous faire partager ?

La galerie de Berthe Weill occupait le rez-de-chaussée du 25, rue Victor Massé, à Paris, dans le 9e. Ce local était jusqu’à récemment ce que l’on appelle « un bar à hôtesses ». Lynda, la nouvelle patronne du « Cotton club » n’a plus de filles dans son établissement. Elle a vu la plaque posée sur la façade de l’immeuble, a acheté mon livre et m’a écrit pour me proposer de venir visiter le lieu. Nous sommes devenues amies et elle m’a très généreusement proposée d’organiser la fête de mon PACS dans son bar. J’ai donc pu marquer un moment privé très important dans un lieu qui l’était tout autant symboliquement pour moi ! Lynda a également passé un accord avec mon éditeur et elle propose à la vente des exemplaires de mon livre dans son établissement. <3

Comment parviens-tu à gérer ton temps entre ta famille/vie privée et vie professionnelle ? Des astuces à partager avec nos lectrices ?

Il est essentiel de s’écouter et de se consacrer du temps à soi, sinon on s’épuise au travail. L’autonomie fait que je ne suis pas contrainte par le présentéisme aux horaires de bureau et je peux m’octroyer des jours en semaine si j’en ai l’envie : c’est un grand avantage que de pouvoir aller faire les courses en pleine journée ou de se rendre aux expositions en dehors des week-ends.

J’ai par ailleurs le grand privilège de partager ma vie avec un homme remarquable qui est lui même free lance et comprend parfaitement les problématiques et les difficultés inhérentes à ce statut. Il a conscience que les carrières comme la mienne ne reposent que sur le travail et sait être un grand moteur quand je perds courage. Maintenant que mon travail est reconnu, à l’étranger en particulier, nous pouvons plus raisonnablement construire des projets : l’hypothèse d’un bébé n’était pas possible tant que ma thèse n’était pas terminée par exemple. J’ai présenté ma candidature à une très importante bourse de recherche : si je suis retenue, nous partirons vivre deux ans à New York à partir de l’année prochaine.

Comment c’est une journée typique, pour toi ?

Pas de réveil mais je suis debout tôt, entre 7h30 et 8h. Petit déj vitaminé avec des oranges pressées et du pain frais. France Inter (je n’ai pas de télé) pour savoir ce qui se passe dans le monde. Je me mets au travail vers 9h, en commençant par mes mails. En fonction des jours, je peux être à la maison, en bibliothèque, dans des laboratoires d’analyses scientifiques, dans des musées, chez des descendants d’artistes, ou dans un café, ça change tous les jours !

En fin de journée, je vais faire un petit tour dans mon quartier, des courses pour le diner, de la paperasse courante ou un brin de ménage. Je sors le soir au moins trois fois par semaine : théâtre, ciné, balade, diners entre amis, c’est indispensable pour ne pas devenir neurasthénique.

Quelles sont les 3 ressources (sites, applis, livres) qui ont changé ta vie d’entrepreneure ?

  • Le logiciel OmmWriter dont la version beta est téléchargeable gratuitement sur leur site (une version un peu plus élaborée est à 5,11$). C’est un logiciel de traitement de texte immersif qui favorise la concentration pour la rédaction.
  • Le site todoist.com qui sert à faire des listes, c’est gratuit et très pratique pour avoir une visibilité sur les taches accomplies et sur ce qui reste à faire… C’est très encourageant de voir tout ce qui a été fait, plutôt que de se flageller sur ce qu’il reste à faire.
  • WordPress pour créer un beau site internet.

Si tu l’avais su plus tôt, quelle erreur aurais-tu préféré éviter ?

Croire que ceux qui se disent professionnels sont tous honnêtes et compétents.

Quels conseils pourrais-tu donner à quelqu’un qui veut se lancer ?

Faites-vous confiance, vous serez meilleures en vous consacrant à quelque chose que vous aimez vraiment faire. Prenez soin de vous : il ne faut pas oublier de se reposer parce que le manque de sommeil est synonyme de mauvais travail et d’erreurs. Accepter des risques mesurés : il ne faut pas se mettre en danger même si les débuts demandent beaucoup de dévouements. Il faut y croire ! La singularité du travail paye, accrochez-vous !

 

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Retrouvez les passionnants travaux de Marianne le Morvan ici !
Merci beaucoup Marianne !

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6 Comments

  • 21 octobre 2015 at 8 h 31 min — Reply

    Wow, Merci Anouk et Marianne pour cette chouette interview, passionnante et motivante. On sent la passion et l’envie en lisant…

    • Anouk_Talgirls (Author)
      26 octobre 2015 at 9 h 30 min — Reply

      N’est-ce pas ? Elle nous transporte ! Merci pour ton message Emilie !

  • Marielle
    30 octobre 2015 at 14 h 40 min — Reply

    Mais wouawou!!!!!

    Impresionnante!!!! Quelle femme!!!! pppfffiiiouuuuuuuu j’en suis toute euhhh épatée!!!!

  • 5 novembre 2015 at 23 h 03 min — Reply

    Wahou !! Super interview ! Merci Anouk pour le portrait de Marianne et Merci Marianne de nous faire découvrir cette femme exceptionnelle !! Ta passion est belle à lire et super motivante !!!

  • catoire barbara
    22 février 2016 at 4 h 30 min — Reply

    Bonjour, serait-il possible de contacter Marianne par le biais d’un mail ? Ou autre … ? Son parcours m’intéresse et je souhaiterai éventuellement pouvoir la rencontrer …

  • Thibaut Lescure
    23 février 2016 at 12 h 06 min — Reply

    Cette femme est extraordinaire. Je parle bien sûr de Marianne : passionnée, généreuse, sincère, vivant chaque instant à 200%. Du bonheur.

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